samedi 17 mars 2007

tout comme pas prevu



je ne suis pas alle en Thailande comme j'avais prevu de le faire, pour filmer ce que sont devenus les camps de refugies... aller filmer ce que sont devenus les camps, ce n'etait qu'une idee trop bonne pour mener quelque part... quant a la ville de Nongkhai, celle ou j'ai passe mes premiers jours de l'autre cote de la frontiere, je l'ai revue de loin, depuis la rive laotienne et cela m'a suffi... la verite est que je n'ai pas voulu refaire cette partie du chemin... la seule direction qui compte, est celle qui mene au village de ma mere, de mon frere chauffeur de tuktuk, et de mon frere Aipet, celui dont j'ai publie la photo avec guitare et casque... le chauffeur de tuktuk, c'est de toute ma famille celui qui me comprend sans comprendre ce que je dis... Aipet, le frere aine, c'est un peu different : il n'a pas besoin de comprendre... l'autre soir, j'arrive au village avec ma soeur ainee, la marchande de sable... on trouve chez ma mere une assemblee deja nombreuse, et bien avancee en ivresse... je m'eclipse cinq minutes pour filmer une partie de foot de l'autre cote de la route... quand je reviens, mon verre de biere m'attend... je leve le verre a la sante de tous, plus precisement je trinque avec tout le monde sans oublier personne, et je me prepare a une de ces longues soirees sans autre fin que l'ecroulement des corps dans une sorte de fusion originelle... mais Aipet se leve pour, dit-il, filmer une cigarette... je lui emboite aussitot le pas... nous voila dans son jardin a fumer comme des collegiens, a l'ecart des grands... puis il en profite pour arracher des herbes parasites... et pour arroser une petite parcelle... apres ca, il me dit un truc que je ne comprends pas... je le vois qui s'eloigne, alors je le suis... nous arrivons a sa maison... il appelle sa fille Papao, en lui demandant quelque chose... elle arrive bientot avec les clefs du scooter... nous voila partis sur les routes, il me montre des choses a droite, a gauche, accompagnant ses gestes d'explications que je comprends encore mois... apres avoir roule six ou sept kilometres, nous arrivons chez "grande soeur Khun"... Ah, bon, qui c'est celle-la lui dis-je avec mes yeux etonnes... c'est une niece de papa... tiens, mon pere a donc de la famille au Laos, qui plus est dans le coin... Khun est contente de me revoir... elle dit que si elle avait su, elle nous aurait fait a manger... sur le chemin du retour, mon frere me demande si je veux boire un verre... je lui dis d'accord, tout en me disant que les autres restes chez ma mere vont penser que notre cigarette mesure au moins 500 metre pour qu'on mette si longtemps a la fumer... Aipet qui devine dans mes pensees dit la phrase laotienne de toutes les circonstances : bo pen niang... en francais on dirait : ca ne fait rien, ce n'est pas grave, tout va bien, etc... nous sommes alles dans un bar de bord de route... un pote de mon frere est venu se joindre a nous... dans quel etat etait-il ? etant ne en 1955, il en concluait qui etait age de 55 ans... impossible de lui prouver qu'il en avait 52... d'autres copains sont venus a notre table et l'ambiance est vite devenue comme dans un film de Hou Hsiao Hsien : plus d'intrigues, plus de dialogues, plus de personnages principaux... que des gens qui boivent en rigolant... la fatigue de la journee, ajoutee a l'alcool et au tabac m'a fait tourner la tete... je suis alle m'allonger sur un lit... oui, il y avait un lit dans cet endroit... je me suis reveille une heure plus tard... il y avait douze bouteilles de 66 cl vides sur la table... je suis alle regler l'addition... on m'en a presentee une de huit dollars... j'ai sorti les billets... alors on m'a dit que le premier calcul etait faux... on a refait les calculs et la deuxieme facture etait presque le double de la premiere... je me suis dit "t'avais qu'a pas dormir"... j'ai appele mon free... on a roule dans la nuit... je n'avais aucune crainte d'un accident... les phares eclairaient a trois metres, mais mon frere avait la grace des dieux ivres... il voyait dans la nuit... arrives au village, nous avons vus que tous les invites etaient partis... ma mere dormait deja... j'ai dit a mon frere combien j'avais paye... il a paru scandalise... et puis il a dit bo pen niang... il m'a demande si je voulais boire encore, en tapotant sa poche remplis de billets... je lui ai dit non... je suis alle au lit, et me suis endormi en souriant

2 commentaires:

nespole a dit…

Allez, ça fait trop longtemps pour une cigarette ... Maintenant tu rentre ! Tu nous manques et le gout du tabac est passé ici depuis longtemps. La loi du je ne saais quoi et les volutes envolées ... Nico a laché sa nicotine et Nicollo écoeuré retourne en Italie. Ce soir fête du départ et ses chants ... Idéal pour un retour (si j'ai bien compris tu ne sais plus très bien à quel moment un chemin est celui du retour. Sois tranquille, personne ne sais).
Raph prépare un gigot pour ce soir, le four risque d'être encombré ça finira tard. peut-être que si tu prends le dernier avion ...
Ah quand même : la loi du je ne sais quoi, ne dit rien sur l'alcool ... Reste un peu de temps avant de demander l'asile politique au Laos. Penses à noter quand même les bonnes adresses dont tu parles. J'ai peur que tu t'abandonnes de trop. Tu perds l'usage de l'inquiétude. Finiras par croire que les bons moments arrivent quand l'autre te dit de venir, et que tu viens ... Le retour sera coton à cette aune !

Ici la TV (est-ce nouveau ? N'en sais rien) déborde en ce moment d'avatars qui t'invitent façon papier Tue mouches. Je crois que c'est parlé en Laotien car je comprends rien. Sauf : quand tu t'approches t'es glué... "Ca pègue" comme on dit.

Bref, le oui est la plus souveraine des réponses, mais aller fumer une cigarette pendant la fête peut-être la plus politique ...
Je t'embrasse

cln a dit…

hola Kiyé!
c'est un plaisir de lire tout ça, et les ... (3pti points, ndlr) donnent un ryhme qui va bien!
on a bien certains visages en mémoire. la grande soeur marchande de sable, le frère qui te comprend sans te comprendre, le grand frere de la cigarette, ta maman..

et aussi,
l'autre fois, j'ai vu sur le site du sacre. pour le "village de la chance", c'est ecrit: musique: ambiance. ! . ! ben ça!

je t'embrasse

cln
ps: à berlin, y neige o . o